Une lettre avant le dernier voyage sans retour
Dans quelques jours, le 27 janvier 2025 cela fera 81 ans que le monde découvrit l’usine de la mort tristement célèbre d’Auschwitz-Birkenau. A travers ce document original qui nous a été confié, nous souhaitons vous partager l’histoire d’une famille afin que leurs noms ne soient jamais oubliés et résonne encore aujourd’hui, dans la continuité du travail du très regretté Monsieur Claude Audinot du Mans, décédé en 2015.
Cette lettre écrite de la main de Madame Cécile Suganas le 21 octobre 1942, internée avec ses filles Hélène et Jeanne, au Camp de Drancy. Elle demande à travers ce papier, que Monsieur et Madame Audinot (les parents de Claude Audinot) leur envoi un colis rempli de différentes denrées comme du pain, du beurre, du fromage, du sucre mais aussi du coton et des médicaments. Un témoignage simple mais reflétant toute la vie d’une famille juive du Mans durant l’occupation.
Les Suganas vivaient Rue de la grande Maison au Mans où le père Salomon exerçait le métier de négociant en textile et métaux. Ils étaient voisins avec les Audinot marchands de cycles. Salomon et ses deux fils Jacques et Michel seront arrêtés le soir du 16 juillet 1942. Envoyé à Mulsanne puis à Angers le lendemain, ils feront partis du Convoi N°8 parti le 20 juillet à destination de Auschwitz où ils seront déclarés mort le 25 juillet probablement gazés des leur arrivée le 23. Certainement loin d’imaginer leurs sorts, Cécile et ses filles se morfondent. La famille Audinot leur propose de se cacher dans la campagne de sud-Sarthe mais celle ci refuse de peur de représailles sur ses « chers ».
Cécile, Hélène et Jeanne seront arrêtées dans la nuit du 8 au 9 octobre 1942 et envoyées dans le camp de Mulsanne puis transférées au camp de Drancy le 18 octobre. Elles y resteront jusqu’au 6 novembre, puis seront à leurs tours déportées avec le Convoi N°42 vers Auschwitz où elles seront déclarées « Mortes en déportation » le 11 Novembre 1942.
Les 6 membres de cette famille trouveront tous la mort dès leur arrivée dans le camp; n’oublions jamais leurs noms :
Salomon SUGANAS 52 ans
Cécile SUGANAS 41 ans
Michel SUGANAS 17 ans
Jacques SUGANAS 15 ans
Hélène SUGANAS 13 ans
Jeanne SUGANAS 10 ans
Leurs noms figurent sur le monument du cimetière ouest du Mans mais également sur le monument des déportés de la Sarthe. Odile Suganas relate leur histoire dans le livre « Saga d’une famille juive » publié en 2019 aux éditions Jourdan. Vous pouvez également en apprendre beaucoup plus sur l’histoire de cette famille en allant sur le site : https://lesdeportesdesarthe.wordpress.com/ où vous retrouverez tout les documents relatant leur vie et y compris la lettre présentée.
Ce post est dédié à la famille Suganas disparus dans des conditions qui nous dépassent et pour des raisons intolérables mais malheureusement encore trop d’actualité. Nous dédions également ce texte à Monsieur Claude Audinot qui a passé sa vie au travail de mémoire en relatant ses souvenirs.
