Le 7 juin 1944, un civil français en vadrouille dans le secteur des Mézières (commune de Saint-Martin-de-Varreville) traverse une parcelle appartenant à M. Gustave BOHIER. Juste avant d’arriver en bordure de haie, il découvre un petit carnet posé sur l’herbe et le glisse dans sa poche. Sur ce carnet qui est en réalité un agenda, on découvre les nom, prénom et grade d’un soldat ainsi qu’un numéro. Après avoir réalisé une recherche succincte, tout nous ramène au lieu de découverte, Saint-Martin-de-Varreville.
Saint-Martin-de-Varreville est un objectif stratégique du Jour-J. D’abord parce la bourgade est traversée par une route qui constitue une porte de sortie (Exit n°4) pour les troupes qui seront débarquées à Utah Beach. Et ensuite parce qu’il y est implanté une batterie d’artillerie allemande qui convient de réduire aux silences pour éviter un massacre sur les plages. En Avril 1944, c’est la 1ère batterie du Heeres-Küsten-Artillerie-Regiment 1261 commandée par l’Oberleutnant ERBEN qui est en place à Saint-Martin-de-Varreville. La batterie abrite 4 canon de 105 mm en encuvement ainsi que deux canons d’origine russe de 122mm. En amont du débarquement et pour tenter d’affaiblir cette position, un raid aérien de la Royal Air Force vient lâcher pas moins de 1800 bombes en chapelets de trois dans la nuit de pentecôte du dimanche 28 au lundi 29 mai 1944. Une semaine plus tard, vers 22h le soir du 5 juin, un second bombardement vient marteler une nouvelle fois la batterie.
Sur le plan opérationnel au sol, c’est le Lt Colonel Patrick CASSIDY (commandant 1/502) qui se voit confier la mission de nettoyer les alentours du carrefour de la Croix-aux-Bertots à Saint-Martin-de-Varreville. CASSIDY atterri à Saint-Germain-de-Varreville et parvient à rassembler un groupe de 45 parachutistes. Il marche vers son objectif et tombe en chemin sur le capitaine Franck LILLYMAN (pathfinder 502) qui lui rend compte que la batterie a subi de forts dégâts. CASSIDY demande à LILLYMAN de tenir un barrage à Foucarville. CASSIDY établit son PC à la ferme du Buisson au carrefour de la Croix-aux-Bertots. Il veut lui-même s’assurer que la batterie est bien hors d’usage. En arrivant sur place, il rencontre le Lt Col CHAPPUIS, drapeau orange à la main, assis dans les décombres de la batterie. Plus aucun allemand n’est en poste, ils ont tous fuit en direction des Mézières (objectifs W et XYZ) entre le bombardement et l’arrivée des premiers parachutistes sur zone.
Le matin du 6 juin, le secteur des Mézières est nettoyé par le Sergent Harrisson SUMMERS accompagné de 15 parachutistes dans lequel on trouve un capitaine de la 82ème. Les habitations dans lesquelles se sont retranchés les allemands sont prises d’assaut les unes après les autres. Durant le combat, une cinquantaine de soldats allemands sont tués, faits prisonniers et certains arrivent à fuir.
Dans la matinée, le Lieutenant Colonel John MICHAELIS accompagnés d’environ 200 parachutistes est en position sur la route de Reuville. Il tombe sur 31 allemands en débâcle qui finissent par se constituer prisonnier. La plupart de ces hommes sont terrorisés, à bout de souffle. En l’espace de quelques heures, ils ont dû affronter un bombardement et les assauts des parachutistes américains.
Le Feldpost 39583B inscrit sur le carnet nous renvoi directement à la 1ère batterie du Heeres-Küsten-Artillerie-Regiment 1261. Ce carnet appartenait donc à un des soldats qui était en poste à la batterie de Saint-Martin-de-Varreville le soir du 6 juin 1944. Après avoir survécu au bombardement de 22h, l’Ober Soldat (soldat de 1ère classe) a vraisemblablement fuit en direction des Mézières et c’est à ce moment-là qu’il aurait perdu son carnet. A l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, nos recherches ne nous ont pas encore permises de savoir si Franz IGODA avait survécu à l’assaut des parachutistes aux Mézières ou s’il avait été fait prisonnier plus loin par John MICHAELIS.
Encore un objet qui aurait de sacrée chose à raconter s’il pouvait parler. Affaire à suivre…
Collection le Repaire Normand

Carnet retrouvé le matin du 7 juin dans le champ de M. BOHIER.

Il s’agit en réalité d’un agenda dans lequel on peut lire les nom, prénom et grade du soldat.

Ober Soldat, soldat de 1ère classe Franz IGODA, Feldpost 39583B.

Inscription sur le carnet du lieu et de la date de découverte.

Vue aérienne du secteur après la guerre. On imagine la violence des bombardements de la batterie qui était située à droite de la route principale, là où les cratères sont le plus nombreux. La croix rouge indique l’objectif W où des prisonniers allemands ont été rassemblés afin d’être fouillés et surveillés. On distingue les habitations des objectifs XYZ qui seront prises d’assaut par Harrisson SUMMERS.

Sur cette photo, les prisonniers allemands sont sous bonne garde. On constate que le sol est jonché d’objets appartenant aux prisonniers. Le carnet est peut être parmi eux… En jaune, on remarque un mur qui nous permet d’identifier le lieu exacte où a été prise cette photo.

Le même champ aujourd’hui avec le mur toujours présent.

Lt Colonel Patrick CASSIDY (commandant 1/502). Il tombe dans un arbre à Saint-Germain-de-Varreville.

Sergent Harrisson SUMMERS, l’homme des Mézières. Avec un petit groupe de paras, ils repoussent les allemands et nettoient la bourgade.

Lieutenant-Colonel John MICHAELIS. En direction de Reuville, c’est lui qui fait prisonniers les derniers fuyards de la batterie de Saint-Martin-de-Varreville. Franz IGODA est peut-être fait prisonnier à ce moment là…